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Pontaubault - Objectif stratégique de la bataille de Normandie

C’est le franchissement de la Sélune à Pontaubault le 31 juillet 1944 par les troupes américaines qui a permis aux alliés d’encercler l’ennemi et qui a été l’une des clés de la Bataille de Normandie.

L’objectif de l’armée américaine est de conquérir des ports en eaux profondes – Cherbourg tombe le 1er juillet 1944 – à des fins logistiques et surtout de faire sortir au plus vite du Cotentin où les troupes s’enlisent et se font décimer par un ennemi pugnace et embusqué.

A la fin de juillet 1944, les troupes britanniques sont également bloquées au nord de Caen – qui devait être pris le 6 juin 1944 – par un ennemi qui fait preuve de la plus grand combativité subissant de lourdes pertes à l’instar des Gi’s dans la Manche.

Le 25 juillet 1944, le général Bradley déclenche l’opération Cobra.

Les objectifs visés sont d’extirper au plus vite les Gi’s de l’enfer des haies du Cotentin et de briser le front de manière à avancer vers la Bretagne.

La brèche est ouverte sur l’axe de la route Saint-Lô / Perriers à la Chapelle Enjuger, qui sera rayé de la carte par le plus grand bombardement en tapis de la seconde guerre mondiale.

Plus de 5 000 appareils participeront à ce raid dont l’envergure exceptionnelle qui montre à la foi le désarroi, l’impuissance et l’impatience qui minent l’Etat-major américain.

L’opération est un succès et la 3ème armée américaine se rue vers Avranches et plus particulièrement en direction du pont de Pontaubault, objectif stratégique majeur, afin d’exploser en Bretagne 1.

Le 31 juillet, les blindés américains déferlent avec fracas dans Avranches.

La rue de la Constitution est dégagée par les bulldozers du Génie afin de faire place nette pour le passage des colonnes de blindés.

Vers 20 heures, le Combat Command A de la 4ème Division du Général Clarke s’engage dans les « M » en direction du pont de Pontaubault. Ce dernier a miraculeusement été épargné par des bombardements successifs et incessants.

L’aviation US ne s’était pas trompée. La veille, à la faveur de reconnaissances aériennes, elle avait confirmé que si le village était détruit le pont, lui, était intact et non gardé.

Arrivé devant l’ouvrage d’art, l’officier n’en croit pas ses yeux et informe immédiatement le Général Wood qu’il le franchit.

Dès qu’il apprend la nouvelle de l’approche des blindés américains Von Kluge contacte le Général Fahrmbacher à Saint-Malo, lui demande de tenir le pont et de contre attaquer sur Avranches.

Von Kluge sait que l’étroit réseau routier – où court une grande route nationale qui traverse la Sélune – donne la possibilité à qui le tiendra de partir de Pontaubault à l’est, au sud et à l’ouest mais aussi d’opérer des mouvements en coups de faux susceptibles de favoriser l’encerclement de ses unités.

Faute de troupes suffisantes, c’est au Kampfgruppe du Colonel Rudolph Bacherer de la 77ème division – de la taille d’un bataillon équipé de 14 canons d’assaut et renforcé de parachutistes – que l’ordre est donné de stopper l’avance américaine. Sa mission est de reprendre le pont de Pontaubault, de le tenir et d’avancer sur Avranches.

En vain, alors que ses troupes constituées de soldats garde-côtes et de troupes s’étant exténuées par la guerre des haies du Cotentin arrivent sur les lieux, les Gi’s ont déjà franchi le pont et repoussent violemment l’attaque allemande.

Patton comprend immédiatement que la route de Brest est ouverte et que dans quelques semaines ce port en eaux profondes pourra être remis en état pour approvisionner les troupes en vivres, en munitions, en armes et en carburant.

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Général Patton (photo prise sur les grèves de Pontaubault)

A la suite de la prise du pont, Patton décida – pour la première fois dans l’histoire militaire – d’éclater ses troupes en trois directions : la 6ème DB se rendra vers Brest, la 79ème DI vers le Mont, la 4ème DB – sous les ordres du Général Holmes E. Dager – sur Rennes 2 et la 5ème DB sur Fougères.

Si le franchissement du pont avait été un échec, la campagne de France aurait également été un échec.

Von Kluge à l’annonce de la prise de l’ouvrage d’art de Pontaubault téléphona à Blumentritt à St Germain-en-Laye et lui tint ce discours : « Les hommes sont totalement exténués. L’infanterie est en pièces. C’est une maison de fous ici. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quoi cela ressemble. Tout ce que vous pouvez faire c’est d’en rire. Est-ce qu’ils lisent nos rapports ? Ils ont l’air de vivre dans un rêve. Jusqu’à plus ample informé, il apparait que seuls les éléments d’avant-garde américains ont pu atteindre Avranches. Mais il est évident que tout le reste va suivre. A moins que je ne puisse obtenir ici de l’infanterie et des armes antichars, l’aile gauche ne va pas tenir. Il faut que quelqu’un dise au Führer que si les américains réussissent à passer Avranches, ils seront en terrain découvert et pourront faire ce qu’ils veulent. La situation est folle ». Les deux chefs en tireront la conclusion suivante : c’est un « Riesensaurei »… Un sacré merdier.

Et pour cause… durant soixante-douze heures, sur sept kilomètres, deux Corps d’armée vont s’engouffrer sur le pont de Pontaubault – deux voûtes sont consolidées par les troupes du génie – qui est endommagé mais toujours utilisable et doublé d’un pont mobile dont la sortie débouche non loin de l’ancienne église.

Patton veut aller vite : « Un jour un fichu imbécile a dit que les flancs devaient être assurés, et, depuis, tous les fils de putes de la terre vont répétant qu’il faut assurer ses flancs. Pas de ça ici. Les flancs doivent causer du souci à l’ennemi. Pas à nous. (…) Nous ne voulons rien retenir. Laissez ce boulot aux Boches. Nous avançons, nous avançons, nous avançons sans savoir où nous nous trouvons, devant ou dans les lignes ennemies ».

En trois longs jours, 24 h sur 24, ce seront des files ininterrompues de blindés de toutes sortes qui déferleront causant des embouteillages de 60 km.

Sept divisions, soit environ 120 000 hommes et 10 000 blindés franchiront le pont de Pontaubault qui restera debout malgré les quelques bombardements de la Luftwaffe qui tentera de détruire en vain le pont.

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Gi’s au repos au Piquenot
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Gi’s au repos au Piquenot
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Char allemand à la gare de Pontaubault
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Reconstitution en 2011 du franchissement du Pont de Pontaubault par les troupes américaines
  • 1 Stalingrad en Normandie. Eddy Florentin. 1975. Presses de la Cité.
  • 2 L’unité parcouru près de 65 km dans la journée du 1er août et atteignit Rennes dans la soirée.